ON Y ETAIT - PJ Harvey et John Parish, deux âmes libres au Bataclan
Quand deux prodiges de la musique collaborent ensemble, forcément, cela ne passe pas inaperçu. Pour défendre leur nouvel album, A Woman A Man Walked By, paru au début de l'année, PJ Harvey et John Parish investissaient la scène parisienne du Bataclan du 17 au 18 mai lors de deux concerts à guichets fermés. Récit de leur prestation du dimanche 17.
Dans la fosse de la salle, il ne reste pas un centimètre carré de libre, pas un siège disponible dans les gradins ; le bar aussi est pris d'assaut par un public qui s'est déplacé en masse ce soir.
A 20h, alors que certains spectateurs du fond se racontent leurs derniers déboires du weekend, ceux des premiers rangs semblent plus captivés par Tom Brosseau, un jeune américain à la voix de femme qui fait de sa musique folk une jolie (mais faible) mise en bouche.
Car tout le monde attend la venue de l'Anglaise et de son fidèle acolyte. Si le nouveau single Black Hearted Love débute le show sur les coups de 21h de manière un peu molle (mais où est passé l'ingénieur du son ?), Sixteen, Fifteen, Fourteen permet ensuite à John Parish de se distinguer sur sa rythmique au banjo et à Pj Harvey de se lâcher un peu plus.
Entourés d'un batteur à la frappe tonitruante, d'un bassiste-clavier barbu et d'un autre guitariste, les deux artistes offriront pendant environ une heure et quart des morceaux majoritairement issus du dernier album et quelques uns de leur précédent opus, Dance Hall At Louse Point, paru en 1996.
Notons à ce propos la belle musicalité bluesy de Robe Bridge Crossing, l'excellente interprétation de PJ Harvey sur Civil War Correspondant ou le jeu de guitare totalement barré de Parish sur Taut. Si certains titres doux se révèlent totalement fascinants sur scène (The Soldier, sur lequel Parish semble revenu à l'enfance avec son ukélélé, Leaving California qui prend toute une dimension incandescente grâce à la voix puissamment stridente de Polly Jean, April, proposé en clôture), d'autres n'arrivent pas toujours à accrocher (PassionLess, Pointless).
Mais au final, il reste intriguant de découvrir sur scène une PJ Harvey affranchie de ses propres albums. Car c'est lorsqu'elle se présente en simple chanteuse (et pas forcément meneuse) de groupe qu'elle demeure totalement détendue et la plus convaincante.
En témoignera sa superbe énergie sur le titre A Woman A Man Walked By et son chant phrasé, cradingue et excité sur Pig Will Not, ou quelques moments de pure fantaisie qu'elle passe à courir autour de la scène.
Si le concert a quelque fois accusé des longueurs et un manque de fluidité sur certains morceaux, il a offert une occasion de voir deux artistes créatifs et singuliers dans leur manière d'aborder la musique, aussi à l'aise dans la douceur que dans l'électricité d'un rock frontal à mille lieux d'être consensuel. Ce n'est pas si souvent.
Par Emeline Marceau






















