Les meilleurs albums de reprises

28/10/2011 - 15h27
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  • Catpower – The Covers Record (2000)

    Si les artistes indépendants ont toujours fait des reprises, sur leurs albums ou dans leurs sets live, l'idée d'en faire des albums entiers a cru avec l'assèchement du marché du disque, comme un contrepoint événementiel à la sortie d'un disque original, devenu par définition invendable. Si les intentions de l'exigeante Catpower ne sont pas en cause avec son cycle, excellent au demeurant de covers, la facilité avec laquelle elle a pu enregistrer ce disque et le décalage entre l'accueil que la critique lui a réservé et l'attention qu'elle prêtait désormais à ses "nouveaux titres" en disent long sur l'industrie, plutôt florissante, de la reprise. L'album de reprises permet de surfer deux fois sur la notoriété : celle du repreneur et celle des repris (d'injustice). Il ne faut pas en être dupe.

    A écouter : "Red Apples" (Bill Callahan)

     

     

     

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  • Siouxsie and The Banshees – Through the looking glass (1987)

     

    La reine gothique Siouxsie and The Banshees au premier rang desquels le formidable Steve Severin, glissent dans leur discographie en 1987 cet album immanquable de reprises qui, en touchant à tous les genres, permet surtout de souligner la cohérence et la densité de leur propre univers. Avec son titre emprunté à Lewis Caroll, , dit bien ce qu'il veut dire. La reprise est une exploration de celui qui reprend avant d'être une réinterprétation des repris.

     

    A écouter : "Trust In Me" (Sherman Brothers), chanson interprétée par le serpent Kaa dans Le livre de la Jungle ; "Hall of Mirrors" (Kraftwerk)

     

     

     

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  • Scott Walker sings Jacques Brel (1981)

     

    Voilà un excellent exemple de ce que la reprise induit en terme de fidélité à l'original. Scott Walker inaugure dès son premier album solo un cycle de reprises de Jacques Brel (traduites en anglais) qu'il poursuivra sur 4 albums (la série des Scott 1,2,3 et 4, entre 1967 et 1970) à raison d'un à trois titres par album. Au final, on tient ici, en compilation millésimé 1981 de fond de tiroir, outre des interprétations souvent remarquables (bien que sans comparaison avec les originales en terme d'intensité) un album de reprises qui fait office de passeur entre les langues, les univers et les continents. Walker fera beaucoup pour Brel à l'étranger, donnant envie à d'autres artistes comme Neil Hannon de Divine Comedy de reprendre plus tard les reprises du repreneur. La voix de Walker, on ne le dira jamais assez, est un enchantement qui ressemble à du Brel sans les postillons.   

     

    A écouter : "Sons Of"

     

     

     

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  • Mick Harvey Intoxicated Man et Pink Elephants (1995 et 1997)

     

    Sur le modèle de Walker et Brel[people_restrictif], l'un des compositeurs en chef des [people_restrictif]Bad Seeds de Nick Cave[people_restrictif] s'attelle en 1995 à un chantier de traduction/réinterprétation des chansons connues et moins connues de [people_restrictif]Serge Gainsbourg en anglais. L'initiative se soldera par deux albums entiers parus coup sur coup qui joueront un rôle non négligeable dans la diffusion des morceaux du français Outre-Manche. Snobisme mis à part, c'est sans doute un peu grâce à Mick Harvey que le misérable Lulu Gainsbourg réussit aujourd'hui à enrôler Shane Mc Gowan et quelques autres dans son hommage tiroir-caisse à papounet. Comme quoi, il y a parfois du mauvais dans ce qui est bon et vice versa. En attendant, les deux albums de Harvey sont des modèles d'élégance et de fidélité aux originaux, l'esprit Gainsbarre en moins.

     

    A écouter : "Overseas Telegram"

     

     

     

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  • The Rolling Stones – The Rolling Stones (1964)

     

    Comme les Beatles et les artistes de cette période, les jeunes The Rolling Stones de 1964 n'avaient pas beaucoup de compositions originales dans la musette quand ils ont commencé leurs grandes manoeuvres. Avec ce premier album chez Decca, Jagger et Richards passent en revue royale leur engagement commun pour le vrai r'n'b. Si deux titres sont attribués à un mystérieux Nanker Phelge qui n'est autre qu'un pseudonyme utilisé par le groupe pour cacher ses propres compositions de jeunesse, on retrouve sur ce disque tout à fait honorable des valeurs sûres de la chanson qui porteront ce premier essai tout en haut des charts anglais dès sa sortie. L'aventure pouvait commencer.

     

    A écouter : "Can I Get A Witness"

     

     

     

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  • Bob Dylan – Dylan (1973)

     

    On aurait pu avec le Dylan de Bob Dylan en 1962 refaire le coup des Rolling Stones. Le grand Bob a évidemment commencé comme tout le monde avec des reprises de standards du blues et de la country. On a préféré finalement mettre en avant son 13ème album de 1973 (Dylan, aussi, ou A Fool Such As I), en rupture de ban de chez Columbia, sorti presque contre son gré et qui reste après toutes ces années une vraie bizarrerie. L'album est constitué (à une exception près, "Sarah Jane") de reprises excellentes tirées de diverses sessions préparatoires à des albums passés ou à venir (1969-1970). D'aucuns savent que Dylan n'a jamais fait autre chose que reprendre des chansons (quitte à les réécrire lui-même). Sa carrière est un grand marathon qui consiste à chanter tout ce qui se chante ou à l'écrire lui-même, puis à recommencer.

     

    A écouter : "The Ballad of Ira Hayes" (de Peter LaFarge)

     

     

     

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  • Mike Flowers Pop – A Groovy Place (1996)

     

    On a hésité pour illustrer les albums de reprises sacrilèges entre Mike Flowers, Cheese et les calamiteux tribute à tout le monde (Nirvana, Interpol, The Smiths, The Beach Boys et 200 autres) du Synthetizer Orchestra. Si tous valent le détour d'oreille (bouchée), l'allégresse de Mike Flowers Pop et le caractère jovial de ses reprises des standards de la pop nous ont convaincu de le sélectionner. Parce que sa reprise de "Wonderwall" de Oasis rend justice à l'original, parce que sa reprise de "Light My Fire" est un monument de drôlerie et surtout parce que son medley du Velvet Underground a permis à des millions (dizaines ?) de gens de découvrir les originaux. La reprise est peut-être avant tout un art comique. Mike Flowers Pop est son prophète.

     

    A écouter : "Wonderwall" de Oasis

     

     

     

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  • The Wedding Present – Hit Parade 1 et 2 (1992-1993)

     

    Un exemple de ce qu'on peut faire pour reprendre des morceaux connus : faire en sorte que l'auditeur ait l'impression que ce morceau est un de VOS morceaux et non une reprise. C'est tout le savoir-faire du The Wedding Present de David Gedge, l'une des plus fabuleuses franchises à reprise. Présents sur une bonne moitié des tributes enregistrés sur la planète, The Wedding Present a systématisé sa méthode avec la série Hit Parade sortie en 1993 (et collectant des singles sortis à raison d'un par mois en 1992). Une chanson originale + une reprise au menu, et une collecte du tout en fin de piste pour un résultat commercialement remarquable et musicalement quasi irréprochable.

     

    A écouter : "Chant of the Ever-circling Skeletal Family" (David Bowie)

     

     

     

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  • Nick Cave and The Bad Seeds – Kicking Against The Pricks (1986)

     

    Difficile d'oublier le troisième album de l'Australien volant dans un tel inventaire. est LE modèle du genre, classieux et incendiaire, racé et respectueux. Le titre de l'album (biblique) sera lui-même cité dans une chanson de Johnny Cash ("The Man Comes Around") en 2002. Nick Cave en a-t-il trop fait en enrôlant toutes ces cordes ? Est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu la jouer simple ? L'album a de l'allure et tape dans le légendaire, même si pas archiconnu. Magnigique Jimmy Webb, John Lee Hooker, Roy Orbison : Cave explore sa propre musicographie intime. Toute son oeuvre peut être lue comme un développement de cette souche virale.

     

    A écouter : "By the Time I Get to Phoenix" (Jimmy Webb)

     

     

     

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  • Johnny Hallyday – La Terre Promise (1976)

     

    Bah oui, pourquoi pas mettre Johnny Hallyday après tout ? Notre chanteur national a passé une bonne partie de sa carrière à enregistrer des albums de reprises/adaptations/traductions de standards américains et on voudrait l'évincer de notre inventaire ! En 1975 avec Rock à Memphis enchaîné l'année suivante avec , Johnny est au sommet de l'adaptation en langue française de succès américains. Michel Mallory assure les adaptations la plupart du tout et, surprise, les reprises fonctionnent bien. "La Terre Promise" est une chanson de Chuck Berry, reprise par Elvis, reprise par Eddy Mitchell puis par Johnny (quasiment à la même année). Le reste de l'album emprunte pas mal à l'excellent Kris Kristofferson (2 titres) et se hisse aisément au rang des meilleures réalisations du Français.

     

    A écouter : "L'histoire de Bobby Mc Gee" (Kris Kristofferson)

     

     

     

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  • Stina Nordenstam – People Are Strange (1998)

    A l'époque de la sortie de ce disque de reprises, tout le monde (branché) était amoureux de la suédoise Stina Nordenstam. Il y avait pas mal de monde pour penser que sa reprise de "Purple Rain" en 3 minutes et 52 secondes était meilleure que l'original de Prince. Avec le recul, ce People Are Strange garde une vraie originalité : déclamer avec une voix aussi minimaliste/souffreteuse/sexy/fragile autant de titres démesurés de Cohen, Hardin, Prince et quelques autres : il fallait y penser et le faire. L'année suivante, malheureusement, on n'en parlait plus et Nordenstam continuait de faire le même disque depuis sa retraite dorée, inlassablement, année après année, comme une princesse abandonnée.

    A écouter : "Bird On A Wire" (Leonard Cohen)

     

     

     

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La reprise est un exercice et un art aussi vieux que le rock'n'roll. Si Elvis Presley peut historiquement être crédité pour l'invention moderne du second, il est sans nul doute également l'un des pionniers du premier. "Blue Suede Shoes", son premier gros succès, n'est-il pas une libre recréation du single de Carl Perkins ? Où qu'on se penche, l'exercice d'admiration, de détournement ou de profanation qui sous-tend la reprise est omniprésent qu'on le désigne sous l'appellation française de "reprise", anglaise de "cover" ou, sous une autre acception, de "tribute to quelqu'un ou quelque chose". Poussant cette logique de l'hommage un peu plus loin encore, sont apparus plus tard ce que les Britanniques désignent sous le nom de "cover albums" ou "albums de reprises" entièrement constitués de reprises par un artiste souvent chevronné de chansons qui ne lui appartiennent pas (ou plus, on le verra). Certains reprennent des chansons connues (Kylie Minogue), d'autres des chansons qui n'existent pas (Morrissey), ce qui dessine une sorte de géographie d'intention de la reprise aussi large que les goûts en présence. Dans son ouvrage Retromania, Simon Reynolds fait de la pratique de la reprise l'un des fondements du rock et l'une des preuves selon laquelle la répétition ne serait pas seulement un symptôme purement commercial lié à notre époque (qui en a vu la multiplication néanmoins) ou même un signe de décadence créative (ce qui n'a pas de sens) mais bien un passage obligé de la construction de l'art populaire/pop et d'une invention individuelle. Pratique sans intérêt, manière de payer tribut à l'histoire ou entreprise commerciale ? : on se situe souvent ici dans un entre-deux qui rend les exposés hommages passionnants dans la durée. Qu'on aime ou qu'on aime pas : la reprise à hauteur d'album a beaucoup à dire.

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