Sonic Youth et l'art : l'identité visuelle du groupe à travers ses pochettes

02/02/2012 - 15h52
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  • Sonic Youth, la fondation

     

    Premier album paru chez les confidentiels Neutral en 1982, l'éponyme Sonic Youth pose les fondations lettrées d'une musique difficile, mais pas inaccessible pour autant. Les liens déjà partagés par le groupe et le milieu de l'art s'illustrent dès le départ, au moment où le groupe fraîchement fondé (Kim Gordon vient de CKM, Thurston Moore des Coachmen et joue dans l'orchestre pour guitare du musicien d'avant-garde Glenn Branca, Lee Ranaldo, également élève de Branca et fan de Coachmen), joue pour la première fois dans une galerie portant le nom ironique de Just Above Midtown/Dowtown Gallery. Sur cet album qui tient plus du EP, apparaît entre autre "I Dreamed I Dream", un morceau tout en vibrations qui doit autant aux minimalistes américains (La Monte Young, Steve Reich ou Philip Glass) qu'aux soubresauts post-punk et à la no wave.

     

     

     

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  • Confusion is Sex, l'art sauvage

    EP souvent considéré comme celui de la réelle fondation du "son" Sonic Youth, fait une nouvelle fois étalage du goût du groupe pour la musique (et l'art) contemporain. Ici, guitares préparées, pourvues de tournevis et de clés anglaises coincées dans les frettes, rendent hommage au compositeur et plasticien américain père de la musique contemporaine, John Cage, tout en présentant une adaptation personnelle des techniques d'un autre compositeur bruitiste, versant orchestral celui-là : Glenn Branca. Branca fut l'un des tous premiers à penser l'utilisation de la guitare en terme "d'orchestre", composant des pièces de plus d'un demi-heure à partir d'un ensemble de plus de 30, 50 ou 100 guitares (Hallucination City - Symphony for 100 Guitars, présenté au World Trade Center en 2001). En 2005 "Kill yr Idols", morceau emblématique de ce EP, servira de bande-son au spectacle de l'artiste pluridisciplinaire Jan Lauwers avec la Needcompany : Chunking, illustrant son importance dans le monde de l'art.

     

     

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  • Bad Moon Rising, premier contact

     

    Réalisé sous les sombres auspices du hippie tueur Charles Manson, du heavy metal et du satanisme, est un disque important dans la discographie de Sonic Youth. L'album voit l'arrivée de Bob Bert à la batterie pour la première fois sur disque. C'est également le premier enregistrement du groupe dans lequel figurent à parts égales, pièces expérimentales et morceaux plus "classiques". C'est aussi un album hanté, voyant la participation de non pas un, mais deux artistes d'importance (ou tout du moins, qui le sont devenus aujourd'hui). Pour illustrer cette ambiance morbide, le groupe choisit en effet une photographie de James Welling. La formation réalise également son premier vidéo clip pour "Death Valley '69" avec Lydia Lunch en invitée. Cette autre égérie no wave fera le lien entre le groupe et Richard Kern, photographe fétichiste alors quasiment inconnu, grand ami de la scène No Wave et Noise, qui filmera le très gore et évocateur "Death Valley '69" (la fin du "rêve californien" dans un bain de sang) et scellera à jamais l'amitié entre Sonic Youth et le monde de l'art.

     

     

     

     

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  • EVOL, photo d'une transgression

     

    Cette fois ça y est, Sonic Youth tient non seulement une esthétique sonore remarquable et unique bâtie autour d'un son de guitare à la fois aiguisé et plaintif pour des morceaux singulièrement entêtants, mais semble également s'inscrire plus précisément dans l'expression graphique personnelle de son univers mental à base d'images, de photos, de vidéos et d'installations. Illustration avec la pochette d', une photo d'Elizabeth Carr, alias "Lung Leg", artiste transgressive américaine, tirée du film Submit to Me, de Richard Kern, l'artiste vidéaste et plasticien qui connaîtra le succès que l'on sait avec ses portraits de "New York Girls". Passionné par les séries Z, l'ultra-violence, le gore, le sexe hard, le sado-masochisme, le bondage, la domination et la soumission, Kern deviendra un artiste incontournable de la scène new-yorkaise, qu'il côtoie tant pour sa musique que pour son aspect provocant et subversif. Cette pochette emblématique de son art, l'est aussi de la musique de Sonic Youth, mélange troublant d'hystérie incontrôlable, de peur inconsciente des femmes et de séduction sauvage. EVOL est aussi l'album qui voit arriver Steve Shelley pour remplacer Bob Bert à la batterie.

     

     

     

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  • Sister et la censure

     

    Album fameux, voire incontournable, voit le groupe s'installer plus profondément encore dans son son si particulier. Côté graphique, l'histoire de Sister et de sa pochette est pour le moins originale et aura vécu de nombreux bouleversements. Initialement composée d'un collage de photographies comportant portrait personnel, photo de chiens, carte postale du Royaume Magique de Disney, etc, la pochette se verra régulièrement mutilée et censuré. En effet, la partie gauche de la couv' comprenant originalement une photo de l'artiste Richard Avedon titrée Sandra Bennett, twelve year old, Rocky Ford, Colorado, August 23, 1980 fut finalement effacée des rééditions qui suivirent pour des raisons de droits, cette image relevant de la vie privée de l'intéressée. Au départ recouverte d'un sticker, elle fut ensuite remplacée par un rectangle noir. Il se passera la même chose avec la carte postale du Royaume Magique de Disney World qui apparaît au dos de la pochette originale. Seuls les plus chanceux, ceux qui ont acquis l'album au moment de sa sortie bénéficient donc du collage original.

     

     

     

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  • Daydream Nation, l'art et la consécration

     

    Deuxième incursion officielle de Sonic Youth dans le monde très fermé - et plus encore à l'époque - de l'art contemporain. Cette fois, c'est très sérieux puisque le groupe choisit une photo de l'artiste allemand Gerhard Richter, pour la pochette de ce que beaucoup considéreront comme le disque le plus important de la formation new yorkaise. Le double album comporte donc en couverture deux peintures de Richter, ces fameuses Kerze ("Candle" ou "Bougies" en VF) de 1983 et 1982. Un choix qui déstabilisera les amateurs de la musique épileptique du groupe (elle l'est plus que jamais à ce moment de sa carrière) plus habitués à l'esthétique after-punk des quatre New Yorkais, qu'au raffinement des galeries d'art très sérieuses de l'Upper East Side. Il faut bien avouer pourtant que l'exposition d'une image aussi hiératique sur un album de pur bruit blanc bardé de mélodies subliminales est, si ce n'est scandaleux, en tout cas bien plus provoquant que les habituels gribouillis de groupes punk en mal de subversion. Bonne pioche !

     

     

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  • Goo, dans la cour des grands

    Avec , Sonic Youth met la barre très haut, et prend son public à rebrousse-poil une fois encore, en signant avec la très grosse major de David Geffen, Geffen Records. Du jamais vu pour un groupe auparavant issu de la scène underground et prônant avec autant d'intensité l'importance de l'indépendance ! Pour autant, Sonic Youth ne s'en laisse pas compter, et son choix esthétique, qu'il soit graphique ou sonore, sera laissé à son bon vouloir, comme en témoigne ce Goo de haute volée, flirtant toujours plus avec les extrêmes (mélodie pop et mélancolie d'un côté, ultra-violence et bruit, de l'autre). Au charbon cette fois, Raymond Pettibon, artiste plasticien originaire de Venice Beach en Californie. Celui-ci s'inspire de la culture comics US pour ses dessins et croquis traités en à-plats noirs et blancs. Pour Goo, il propose une illustration basée sur une photo paparazzi de Maureen Hindley et de son époux David Smith, tous deux appelés comme témoins au cours du jugement des serial killers Myra Hindley et Ian Brady, plus connus dans les années 60, sous le nom de Moors Murderers. Sexe, mort, art, bruit, tout est dit et réuni sur cette pochette emblématique d'un des plus grands albums du groupe new yorkais.

     

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  • Dirty, la tentation de l'establishment

     

    Nouveau coup de pied dans la fourmilière "bien pensante et rebelle" du rock des années 90, alors que le Grunge est au sommet des charts et trône en maître sur MTV, Sonic Youth sort un second double album (le deuxième de sa carrière), le bien nommé . Gros son, grosse production et grosse déflagration, Dirty est certainement l'album du groupe qui se rapproche le plus du "metal mainstream". Il sera d'ailleurs reçu comme tel par le public de l'époque. Pour illustrer ce disque volumineux dans tous les sens du terme, les New Yorkais font appel à un autre Californien, le plasticien Mike Kelley. Personnage scandaleux Kelley crée des vidéos, des collages et des installations à partir de peluches meurtries, d'animaux empaillés, de morceaux d'étoffes. Son oeuvre évoque l'enfance, mais aussi l'inceste, la culpabilité, les ravages du temps, l'innocence et son corollaire, la dépravation et la débauche. La pochette montre en effet d'innocentes peluches tricotées, tandis qu'une photo rapidement censurée des versions ultérieures du CD, dévoile un couple pratiquant la scatophilie dans ce qui ressemble à une chambre d'enfant. Sonic Youth tient là un des moments importants de sa carrière, du moins en terme d'impact dans le milieu de l'art contemporain, Mike Kelley étant la figure de proue de l'art provocateur de la côte Ouest des États-Unis.

     

     

     

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  • Experimental Jet Set, Trash and No Star : surtout no star !

     

    Alors que les fans de la première heure commencent à reprocher au quatuor leur habileté à passer d'un monde à l'autre, celui du strass et des paillettes de David Geffen à l'autre, plus crasseux et obscur du Noise Rock le plus extrême, Sonic Youth reste zen, se moquant gentiment des a-priori de chacun en offrant son album le plus accessible à ce jour (1994) au titre évocateur d'. Ironiques encore une fois, les membres du groupe clament non seulement leur détachement de tous clichés (oui, semblent-ils dire, on peut être "expérimental", faire partie de la jet set du rock et ne pas se prendre pour une star) mais s'intronisent également artistes puisque chacune des quatre cartes (les "myth-science-art cards" comme ils les nomment) composant la pochette de cet album est signée d'un des membres du groupe. Histoire d'en rajouter une couche, signalons que cet album mal aimé bénéficie pourtant d'une sacrée touche d'audace puisque les auditeurs attentifs constateront que l'on peut écouter l'intégralité de entre chaque morceaux ! La petite touche conceptuelle qui fait mouche. 

     

     

     

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  • Washing Machine et le fan art

     

    Avec , certainement l'un des disques les plus apaisés de Sonic Youth, le groupe fait pour la première fois appel aux fans. En effet, la photo couleur ornant la pochette de ce qui sera son dixième album, et représentant deux jeunes gens portant des tee-shirts bleus décorés de machine à laver blanches stylisées, fut prise le 28 avril 1995 après un concert donné au Amherst College dans le Maryland. Petit détail qui compte, ces tee-shirts originaux furent dédicacés par le groupe Come, qui ouvrait en première partie ce soir-là. Quelques jours plus tard, Sonic Youth fit passer une annonce via MTV signalant que les membres du groupe recherchaient les deux fans de Come à l'origine de cette initiative originale. Ceci en vue de leur demander l'autorisation d'utiliser cette image comme pochette de leur prochain album. Toute l'esthétique du reste de l'album tient d'ailleurs ensuite dans une collection de polaroids. Une fois encore Sonic Youth surprend, utilisant non seulement le fan art pour illustrer une de ses productions, mais le faisant de manière modeste, avec les signatures des membres et le nom d'un autre groupe en couverture ! Unique.

     

     

     

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  • A Thousand Leaves, surréalisme américain

     

    Avec , Sonic Youth entame une douce phase de calme et de repli médiatique. Les qualificatifs de "maturité", "apaisement", "grâce", sont régulièrement employés pour qualifier une musique de plus en plus sereine et proche du "classic rock". A ce titre le choix d'un collage conceptuel de l'artiste Marnie Weber, Hamster Girl, n'est pas innocent. Faussement naïf, jusqu'au dérangeant, les images et les montages réalisés par cette plasticienne pluridisciplinaire originaire de Los Angeles (elle est photographe mais également sculpteur, vidéaste, performer, créatrice d'installations et musicienne) sont idéaux pour illustrer un univers sonore oscillant entre pop, psychédélisme et saturation punk. Côté musique, ceux qui, à l'époque, les taxent de classicisme doivent se pencher sur "Sound Unbound" du turntablist (platiniste) afro-américain DJ Spooky That Subliminal Kid. Croisement du bruitisme rock des New Yorkais et des techniques issues du hip hop, "Sound Unbound" est bâti à partir du matériau original d'"Audience", un morceau composé à la même époque par Sonic Youth et uniquement disponible sur une compilation du label belge Sub Rosa.

     

     

     

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  • NYC Ghosts and Flowers, spectres new yorkais

     

    Si les Sonic Youth sont branchés art contemporain, ils sont aussi de grands lecteurs. Après les écrivains de science-fiction Philip K. Dick, K.W. Jeter ou J.G. Ballard sur , avant William Gibson qui inspirera le morceau "Pattern Recognition" sur (2004), c'est au tour des écrivains et personnages de la Beat Generation d'inspirer la musique du quatuor new yorkais. Calqués sur le rythme de la poésie Beat, ce mouvement littéraire initié par Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs, mais aussi par les textes si particuliers du comique Lenny Bruce, les textes de   sont autant d'odes à New York et à toute la culture de la côte Est. L'album suit pourtant discrètement les traces de son prédécesseur . Et c'est bien d'un autre album mésestimé, et pourtant magnifique dont on parle ici. Toujours dans l'optique d'une illustration sonore de la littérature d'une certaine époque, l'album bénéficie d'une pochette troublante et fantomatique, réalisée à partir d'une peinture de l'écrivain inventeur du cut-up, William S. Burroughs.

     

     

     

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  • Murray Street, l'après 11 septembre

     

    sort en 2002, quasiment un an après les attentats du 11 septembre. C'est aussi l'album qui voit arriver le producteur, compositeur et musicien Jim O'Rourke en tant que cinquième membre officiel du groupe. Comment rendre hommage au tragique événement vécu par les New Yorkais l'année précédente ? Comment oublier le trauma vécu par tous les membres du groupe et leur ville ? Le jour où les avions s'écrasèrent sur les tours du World Trade Center, Jim O'Rourke dormait dans le studio de Sonic Youth, nommé Echo Canyon et situé dans Murray Street au 75, soit deux rues plus loin. Lee Ranaldo emmenait régulièrement ses enfants faire du shopping dans les galeries marchandes de ce qui est aujourd'hui le Ground Zero... C'est donc sous le signe de l'enfance que sera placé ce disque, la petite fille blonde cueillant des fraises sur la pochette de l'album étant Coco Hayley Gordon Moore, la fille de Thurston Moore et Kim Gordon. En guise de caution "arty", apparaissent tout de même Jim Sauter et Don Dietrich sur "Radical Adults Lick Godhead Style", un duo de jazz free noise explosif plus connu sous le nom de Borbetomagus. Entre "innocence" et "explosion" donc, Sonic Youth, toujours à l'affût des extrêmes.

     

     

     

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  • Sonic Nurse, after-pop

     

    Retour aux sources de l'art contemporain pur et dur avec ce qui sera le dernier album dans lequel apparaîtra Jim O'Rourke. reste dans la lignée d'une pop claire parsemée d'éclats bruitistes et le groupe choisit cette fois l'emblématique et ultra-coté Richard Prince pour illustrer sa pochette. Peintre et photographe, Richard Prince, particulièrement connu pour ses photographies de cow-boys qui servirent aux campagnes publicitaires Marlboro, fait partie des artistes contemporains les plus cotés avec Jeff Koons, Takashi Murakami et Damien Hirst. Il focalise son oeuvre et son travail sur des thématiques précises (les célébrités, les gangs, les automobiles et en général tous les symboles de la culture "pop" américaine). Occupé à créer un série mettant en scène des infirmières (les fameuses "Nurse") il réalisera pour Sonic Youth une toile nommée "Sonic Youth Nurse", qui deviendra la pochette du treizième album. Un choix qui donnera au groupe une place privilégiée - et enviée - dans le monde très fermé de l'art contemporain.

     

     

     

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  • Rather Ripped, le retour de la ligne claire

     

    Nouvelle incursion du groupe dans l'univers de l'art contemporain le plus pointu pour ce quinzième album, avec une pochette signée Christopher Wool, un artiste "post-conceptuel" originaire de Chicago et travaillant sur l'impact des lettres, des mots et des signes, instaurant un climat d'inquiétude symbolisant notre époque et ses contradictions. Pour , il s'applique à définir le message bouillonnant du groupe new yorkais en mots tachés, parodie de pochoir brouillon sauvagement - et faussement - bâclé. Une image qui définit une fois encore parfaitement la musique du quatuor (O'Rourke étant définitivement parti) désormais rodé à toutes les formes de musiques, de la pop au punk, du free-rock aux ballades, de la contemporaine au noise pur jus. Mélodique, accessible, malgré son titre ("plutôt déchiré", "déglingué"), Rather Ripped est un sommet d'expressivité et d'émotion. C'est peut-être là, justement, à travers ses guitares lignes claires "déchirantes", qu'il faut chercher le sens de son titre ambigu et paradoxal.

     

     

     

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  • The Eternal, le testament d'un groupe éternel

     

    Profondément émouvante, la pochette de ce qui risque bien d'être le dernier album de Sonic Youth est signée par un musicien, et non pas un plasticien. En guise de front cover, bénéficie en effet d'une peinture saisissante de John Fahey, immense guitariste, et artiste américain né en 1939 et décédé en 2001. Une influence certaine pour le groupe, que ce soit au niveau purement musical, comme en ce qui concerne l'éthique et la démarche philosophique et médiatique. Un modèle, en particulier pour Thurston Moore qui clame régulièrement son admiration pour l'artiste disparu. L'album quant à lui, toujours plus mélodique et pop, est - et c'est encore un paradoxe - dédié au roi du rock ultra-violent, Ron Asheton des Stooges, décédé en janvier 2009. The Eternal est en général un disque hommage placé sous le signe de la contre-culture, puisqu'il y est aussi question du peintre Yves Klein et du groupe américain expérimental Noise Nomads (sur "Sacred Trickster"), d'Uschi Obermeier, pape de la contre-culture allemande et fondateur d'Amon Düül (sur "Anti-Orgasm"), tandis que "Leaky Lifeboat (for Gregory Corso)" parle d'un autre fameux poète beat, ami de Burroughs et de [people_restrictif=Allen Ginsberg]Ginsberg et "Thunderclap for Bobby Pyn", du leader suicidaire des Germs, Darby Crash.

     

     

     

     

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Alors que l'avenir de Sonic Youth est plus que jamais incertain suite à la séparation de deux de ses membres fondateurs fin 2011 (on ne saurait dire "principaux" tant ils le sont tous), Kim Gordon et Thurston Moore, en couple depuis sa création en 1981, il était tentant de revoir l'histoire de ce qui est aujourd'hui l'une des formations majeures de l'histoire du rock sous l'angle de l'esthétique et des arts plastiques, un monde avec lequel tous ses membres collaborent régulièrement et au sein duquel ils entretiennent des liens forts, d'un côté de l'Amérique à l'autre. Né dans l'underground de la scène No Wave, Sonic Youth a su, au fil du temps, incarner le parfait "indie band". Composé d'érudits passionnés de rock (et de toutes les autres musiques, jazz, pop, punk, noise, psyché, contemporaine), le groupe a fait le grand écart entre expérimentations extrêmes et mainstream durant toute sa carrière, sans jamais perdre son identité. Un pied dans la culture populaire, et pourtant toujours confidentiel, Sonic Youth peut apparaître dans un épisode de The Simpsons ou de Gossip Girl, vendre ses chansons aux concepteurs du jeu Guitar Hero, tout en gardant une réputation "d'art band". Son évolution, tant musicale que visuelle, est un pied de nez à tous ceux qui pensent que le rock doit rester l'éternel incompris de la culture contemporaine. Une culture, et un art, qui ont largement ouvert leurs portes à la formation, couronnée en 2009 par l'exposition Sensational Fix, présentant dessins, photos, tableaux, films et installations, faites par, ou pour, les Sonic Youth. La mise entre parenthèse (possible, mais non certaine) des activités du groupe est l'occasion de présenter en images cet aspect souvent méconnu de ce qui reste l'une des plus importantes formations de ces 30 dernières années. Revue des pochettes de disques pour une histoire visuelle de Sonic Youth.

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