Abaca

Appelez-le Monsieur le président. Franck Dubosc préside le festival de l'Alpe d'Huez jusqu'au 20 février.

PREMIÈRE : Franck, ça fait quoi de ranger ses tongs au vestiaire ?

FRANCK DUBOSC : Vous êtes l’une de mes premières interviews sur le festival, mais je sens que celle-là, je vais y avoir droit souvent sur les pistes... Patrick Chirac a déjà fait le voyage à l’Alpe d’Huez, je vous rappelle. On a présenté les trois Camping là-bas et à chaque fois, c’était fou.

La différence, c’est que cette fois-ci vous êtes le président. Vous avez la pression ?

Bien sûr ! Mais c’est une bonne pression : j’espère vraiment qu’on sera impartiaux. C’est ce à quoi je pensais en constituant mon jury. Il faudra faire les bons choix.

C’est-à-dire ?

Qu’on ne se trompe pas de philosophie et qu’on juge les films sans arrière-pensées. Je sais d’expérience que le plus difficile, ce n’est pas de juger le film de ses copains, mais celui de ses ennemis.

Franck Dubosc, président du jury de l'Alpe d'Huez

Vous avez des noms ?

De ce que je connais de la compétition pour l’instant ce sera plutôt des copains... Dany [Boon], Les Tuche, la famille quoi ! Mais il faut que je fasse attention : si ça se trouve, je vais faire gagner un type qui se retrouvera face à moi l’année prochaine !

Ce sera quoi, votre mantra de président ?

C’est simple : ne pas courir après le petit film qui buzze. Je ne veux pas rentrer dans ces trucs que je vois parfois dans les festivals, où le petit film a plus de chances que le gros film populaire. Derrière ça, il y a l’idée qu’il faut laisser leur chance aux nouveaux parce qu’on serait forcément ému par la nouvelle génération. C’est vrai : soyons ouverts ! Mais il faut aussi laisser de la place aux anciens ou aux habitués.

Dany Boon a déjà gagné, alors ?

Je savais que la presse allait me tomber dessus. (Rires.) Moi, en tant qu’acteur de films populaires, j’ai toujours un peu la trouille d’aller à l’Alpe d’Huez parce qu’on peut vite devenir une cible facile… C’est un festival hyper bienveillant, mais notre jury doit faire en sorte qu’il le reste. Et donc, éviter l’évidence. Le seul film qui mérite de gagner, c’est le plus drôle. Arrêtons de penser aux chiffres ou aux modes.

Quelles comédies vous ont marqué l’année dernière ?

J’ai des goûts très larges et très populaires. Évidemment, il y avait Le Sens de la fête, de Nakache et Toledano. Mais comme le public, j’adore ce que font Philippe Lacheau et Tarek Boudali [qui, en 2017, présentaient Alibi.com]. Ils osent, ils vont vraiment loin et ça me plaît. C’est de la comédie super volontaire... ça m’impressionne vraiment.

C’est un exemple que vous suivez dans votre premier long ?

Non. Ce film-là ne ressemblera qu’à moi !

Pourquoi vous lancer dans la réalisation ?

Si j’avais suivi mes envies de jeunesse, je serais devenu réalisateur. Enfant, on m’avait acheté une caméra et je tournais des films avec mes copains. Mais, très vite, j’ai compris que réaliser, c’était être chef et ça, je n’en avais pas envie ! Je ne voulais pas me faire des ennemis. Et puis, j’ai tracé ma route d’acteur... Dans ma carrière, on m’a souvent demandé pourquoi je ne réalisais pas. Et je me suis rendu compte que ceux qui me posaient la question étaient généralement des financiers. Ma réponse était toujours la même : « Je suis acteur, pas réalisateur, ce n’est pas mon métier. » Mais au fond, je me disais que si un jour j’avais le bon pitch...

Et c’est le cas de Tout le monde debout ?

J’ai eu cette idée d’un type qui se fait passer pour un handicapé et tombe amoureux d’une vraie handicapée... C’est un truc un peu particulier, et je me suis dit : « OK, et si celle-là, je m’en occupais ? » J’ai écrit l’histoire seul, et puis je me suis demandé si j’avais envie de la réaliser. Il y avait un truc qui me titillait. J’avais l’impression que je pouvais la porter jusqu’au bout. Ça résonnait bien ; c’était vraiment très personnel.

Christian Clavier nous a expliqué un jour que lui, il était passé à la réalisation par défaut. Sans son nom, un sujet qu’il aimait et que devait tourner Jean-Marie Poiré serait resté au point mort.

Je ne voulais pas le faire pour de mauvaises raisons. C’est marrant : il m’arrive de voir les films de copains et de me demander pourquoi ils ont fait ça... Là, ceux qui ont déjà vu le film me disent tous : « C’est celui qui te ressemble le plus. » J’espère que c’est positif. (Rires.) Je sais que je ne pourrais jamais réaliser une commande. Je n’ai pas les qualités pour. Il faudrait y mettre une patte de réalisateur, et moi, ma patte, elle est d’abord dans le scénario.

Ça n’a donc rien à voir avec une frustration d’acteur ?

Ah non ! Je ne suis pas allé me servir. C’est juste que j’avais ce besoin.

Un peu comme Dany Boon avec Bienvenue chez les Ch’tis ?

Pas dans le même registre et pas au même niveau, mais je crois qu’on a effectivement la même envie. Dans Bienvenue chez les Ch’tis, on sent que Dany s’attache aux autres, et j’aimerais que ça se sente dans mon film. J’ai l’impression qu’il y a la même naïveté du geste. C’est une première fois donc on se découvre. Je suis en plein étalonnage en ce moment, et en voyant mon film, je découvre certains défauts, mais ces défauts-là, je veux les garder. Autour de moi, beaucoup de gens tentent de les gommer, mais ces imperfections me ressemblent... Au fond, je crois qu’une part de moi ne veut pas trop apprendre, par peur que la technique rende les choses aseptisées. La seule école qui vaille, c’est le cinéma qu’on aime. Et l’envie dont je vous parle.

Le titre, c’est un hommage à François Feldman et à sa gaffe du Téléthon ? [En 1996, invité en plateau, le chanteur avait lancé « Tout le monde debout ! » à un public d’enfants en fauteuil roulant.]

À l’origine, ça s’appelait Lève-toi et marche. J’aimais pas trop et puis un jour, en dînant avec François, qui est un ami, ça m’est venu comme ça. Tout le monde debout. Ça a quand même plus de gueule, non ?