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Kathleen Kennedy a choisi un homme de confiance pour l'Episode 9, et pas un réalisateur-auteur.

L'annonce est tombée hier : c'est J.J. Abrams qui réalisera l'Episode 9 de Star Wars. Rappelons que la semaine dernière, Lucasfilm se séparait du réalisateur initialement prévu, Colin Trevorrow, sans explications, même si les rumeurs disaient que le réalisateur de Jurassic World avait pris la grosse tête et refusé de lâcher du lest sur sa vision de l'Episode 9. Ce qui n'aurait pas plu à Kathleen Kennedy, la big boss de Lucasfilm. Elle lui aurait bien fait comprendre qui était la patronne de Star Wars : elle, et pas les réalisateurs.

En juin dernier, Phil Lord et Chris Miller avaient été virés de leur job de réalisateurs du spin-off de Star Wars consacré à la jeunesse de Han Solo pour cause de creative differences avec le studio. En off, on disait que Kennedy (et le scénariste vétéran Lawrence Kasdan) n'appréciait pas leur style de tournage : trop d'impros, pas assez de respect du script. Ron Howard, qui connaît très bien la maison Star Wars, est venu à la rescousse et le film Han Solo sortira dans les temps en mai 2018. Ce qui rappelle aussi une certaine conception hollywoodienne du rôle du réalisateur : celui qui est engagé par un studio pour tourner un scénario précis, dans les temps et dans le budget imparti. Pas pour sortir des clous, surtout dans le cas d'une franchise comme Star Wars au fonctionnement pyramidal.

Si Rian Johnson, réalisateur de l'Episode 8, Les Derniers Jedi, affirme avoir eu toute latitude pour faire son Star Wars, c'est aussi parce qu'il a su rester dans la ligne du parti. Ce qui nous ramène au choix d'Abrams pour remplacer Trevorrow. Avec Star Wars : Le Réveil de la Force en 2015, Kennedy avait trouvé le réalisateur idéal. Les premiers choix de Kennedy avaient dit non (Brad Bird parce qu'il faisait A la poursuite de demain, et David Fincher parce qu'il refusait justement de se faire chier avec le contrôle du studio), et Abrams a pu faire le Star Wars que les fans attendaient, entre nostalgie bien mesurée (les emprunts à Un nouvel espoir, le film-musée) et avancée dans l'avenir (le casting des nouveaux héros, la fin d'Han Solo) ; et surtout le Star Wars que le studio attendait. Un succès public et critique qui a plu à la Galaxie entière, aux vieux comme aux jeunes.

Le faire revenir pour finir la nouvelle trilogie Star Wars relève de la sécurité et du bon sens. Du point de vue agenda, Abrams n'avait rien à réaliser dans le futur : il est toutefois occupé en tant que producteur (ce qui peut vouloir dire tout et n'importe quoi comme activité, du simple prête-nom à l'implication artistique très forte) sur plusieurs projets prévus pour 2018 comme la saison 2 de Westworld, Mission : Impossible 6, la série Castle Rock d'après Stephen King, le troisième film Cloverfield et Overlord avec Pilou Asbaek qui mélange guerre et horreur.

En tant que réalisateur, Abrams était donc complètement libre pour signer un nouveau Star Wars. J.J. avait réussi à obtenir une rallonge de temps pour la sortie de l'Episode 7, et l'Episode 9 vient d'être repoussé à décembre 2019, ce qui est logique -un Noël, un Star Wars. Mais surtout, c'est du bon sens. Abrams ne risque pas de se clasher avec Kennedy et de jouer au réalisateur-auteur de son film. Déjà, lors de la première trilogie, Irwin Kershner (L'Empire contre-attaque) et Richard Marquand (Le Retour du Jedi) étaient au service de la vision de George Lucas (qui détestait réaliser depuis son ulcère causé par le premier Star Wars).

Même si les blagues ont déjà fusé sur Internet en mode "Abrams va faire un remake du Retour du Jedi avec des lensflare" (note : les aliens kawai conçus pour vendre des peluches sont déjà dans Les Derniers Jedi, d'après son making of). Il faut le rappeler : Abrams est au service d'une franchise et d'une productrice, ce qui n'enlève rien à la qualité potentielle de l'Episode 9 de Star Wars. Abrams revient à une série qu'il a relancé avec bonheur, et qu'il connaît par cœur. C'est plutôt une bonne nouvelle.

Bande-annonce de Star Wars : Les Derniers Jedi, en salles le 13 décembre prochain :