Karim Leklou et François Civil dans Bac Nord
StudioCanal

Le thriller avec François Civil, Karim Leklou et Gilles Lellouche arrive au cinéma.

Six ans après La French, le minot Cédric Jimenez repose ses caméras à Marseille pour raconter des malversations policières qui ont défrayé la chronique dans Bac Nord. Aussi percutant que passionnant.

Le film porté par François Civil, Karim Leklou et Gilles Lellouche aurait dû sortir cet hiver, en décembre 2020, au cinéma, si bien que le trio avait fait la couverture de Première (n°513), au moment où la rédaction avait eu un coup de coeur pour ce thriller "coup de poing". Finalement, sa sortie française a été repoussée à aujourd'hui, mercredi 18 août, peu après avoir été sélectionné à Cannes, hors compétition.

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En 1992, Bertrand Tavernier et son coscénariste, Michel Alexandre, donnaient un coup de fouet salutaire au polar français avec L.627 dont le titre cryptique renvoyait à un article du Code de la santé publique. Vingt-huit ans plus tard, Bac Nord fait de son côté écho à une unité de la Brigade anti-criminalité des quartiers nord de Marseille, tristement célèbre pour avoir été au coeur d’un gigantesque coup de filet anti-corruption en 2012. Le rapprochement entre les deux films ne repose pas uniquement sur leurs appellations codifiées. Dans L.627, Tavernier filmait le quotidien d’un brigade anti-drogue en butte aux lourdeurs administratives et la relation terriblement ambiguë entre les flics et leurs indics, une eau trouble où il ne valait pas mieux mettre le nez. « Si l’on veut faire correctement notre boulot, il faut être dans l’illégalité 24 heures sur 24 », disait Lulu, le personnage incarné par le regretté Didier Bezace. C’est précisément ce qu’illustre, avec la même intensité réaliste, Cédric Jimenez dans Bac Nord.

FRUIT GÂTÉ. Au contraire des personnages de L.627, ceux de Bac Nord franchissent allègrement la ligne jaune. Avec le consentement tacite de leur patron, Greg (Gilles Lellouche), Antoine (François Civil) et Yass (Karim Leklou) décident de tendre un piège à des bonnets de la drogue, piège pour lequel ils ont besoin d’une grosse somme d’argent qu’ils ne peuvent pas demander à l’administration et qu’ils vont obtenir… en rackettant des dealers ! Une opération aberrante, symptomatique d’un système judiciaire incapable de répondre à l’évolution et au durcissement de la grande et petite délinquance. Comment, néanmoins, en sont-ils arrivés là ? La raison principale avancée par le film (qui se base sur les procès-verbaux du procès et les témoignages des trois prévenus dont il s’inspire) est un ras-le-bol généralisé de ces flics de terrain, insultés, chahutés, humiliés par les voyous de cité auxquels ils sont régulièrement confrontés. « Tu sais quoi ? On sert plus à rien », se lamente Greg auprès d’un collègue, au retour d’un face-à-face ultra tendu avec des jeunes.

EN IMMERSION. Le film monte lentement en puissance. Jimenez commence par décrire ces trois hommes très différents mais tendus vers le même but : faire respecter la loi et se faire respecter. Greg est un quadra solitaire, dévoué à son job ; Antoine, un jeune électron libre, monté sur des ressorts ; Yass, un futur père de famille, le sage du groupe marié à une flic solidaire (Adèle Exarchopoulos). Le réalisateur traque les moments d’intimité (scènes très réussies entre Antoine et son indic, jouée par Kenza Fortas, la révélation de Shéhérazade), fait ressortir la part de lumière et de légèreté du groupe (qui culmine dans une séquence instantanément culte avec un jeune au bagout insensé). Plus le récit progresse, plus Jimenez isole ces hommes que leur dérapage va éloigner. Dans la scène centrale du film, l’assaut suffocant en temps réel d’un repaire de dealers (situé dans les méandres d’une HLM, assimilée à un décor mortel de shoot’em up), les trois personnages sont ainsi séparés physiquement et soumis à une tension insupportable qui les renvoie à leurs limites. Un moment cathartique à partir duquel le film d’action vitaminé bascule dans le drame intimiste. Incarcérés pour corruption aggravée et lâchés par leur hiérarchie, les trois personnages sont brutalement réduits à l’inaction et à la promiscuité, la pire des punitions pour ces hommes de terrain. En trois temps, trois mouvements, Cédric Jimenez donne à voir l’absurdité d’un système qui sacrifie ses piliers pour faire tenir un édifice fatalement brinquebalant. Comme Les Misérables l’an dernier, Bac Nord lance l’alerte. Va-t-on enfin la prendre au sérieux ?

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