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Hugo Sobelman raconte la fabrication de son premier long métrage. Un film vibrant autour de la question de la transmission, tant musicale que politique

C’est à partir d’un voyage que vous aviez entrepris en 2016 aux Etats- Unis avec une amie sur les terres de vos musiques préférées – le jazz de Louisiane, le blues du Mississipi, la soul de Memphis… - que, de fil en aiguille, de rencontres en rencontres, vous avez découvert cette école gratuite de musique au cœur des locaux du légendaire label Stax (celui de Wilson Pickett, Otis Redding, Isaac Hayes…). Qu’est ce qui vous avait donné envie d’en faire le sujet d’un documentaire ?

Hugo Sobelman : Parce que je suis accueilli sur place par des gens d’une humanité renversante qui prônent et font vivre une éducation populaire au sens premier du terme. Apprendre à chanter certes mais surtout bâtir une génération qui peut réfléchir, s’engager, influer sur le futur car elle connaît mieux son passé. Et cela rejoint mon envie à moi de parler de musique bien sûr mais aussi d’héritage, de ségrégation en donnant la parole aux concernés.

Comment commencez- vous à travailler sur place ?

On passe deux jours à observer dans les salles de classes sans filmer. Les élèves répétaient pour un concert qui allait se dérouler à la fin de la semaine et où ils ont joué pour les Bar- Kays, le groupe qui accompagnait à l’époque Otis Redding sur scène. Là je repère des enfants avec une énergie incroyable. Donc le vendredi soir, après le concert, j’appelle mes producteurs et alors qu’on doit repartir dans 3 jours, je lui explique que je viens de trouver le fil de mon film. Je lui demande de nous laisser 3 semaines de plus sur place pour filmer des choses et rapporter des images qui serviront au financement. Et comme tout au long de l’aventure, mes producteurs assurent et comprennent que je fonctionne comme ça. Par l’image et par l’instinct et pas par note d’intention.

Comment choisissez- vous les enfants que vous allez mettre en avant ?

On a prétexté une phase de casting pour passer du temps avec chacun. Mais on ne se doutait pas qu’à peine le micro tendu allaient surgir des témoignages aussi puissants, éloquents, mûrs et sincères. A tel point que dans le film, on les entendra en voix- off car je n’ai pas eu envie qu’ils les reproduisent face caméra. Je ne leur pose pas de question, je ne leur demande pas ce que signifie être noir à Memphis, ils m’en parlent spontanément parce que cela construit le fruit de leur apprentissage dans cette école- là. En plus de chanter de manière renversante. C’était comme piocher dans un magasin de bonbons ! Je savais que je voulais faire un film choral et non centré sur un ou deux enfants. J’ai commencé à me concentrer sur quelques- uns comme pour me rassurer mais plus le tournage a avancé, plus le film s’est ouvert. Et encore plus au montage.

Comment avez-vous construit la suite du tournage, après ce premier voyage ?

Quand on est rentré à Paris, on a monté pendant quatre mois. Ces premières versions mêlent images de la Stax et de notre voyage qui précédait au cœur du Mississipi. Puis petit à petit, on va se recentrer sur la Stax même s’il reste des traces de ce voyage initiatique. C’est après avoir abouti à une version de 50 minutes que mes producteurs comme moi arrivons à la certitude qu’on tient un film. Et, en s’appuyant sur ce montage à trous, on repart faire un nouveau voyage afin de les combler. On a filmé pendant cinq semaines supplémentaires. Et 75% des images du montage final viennent de ce dernier voyage.

On ne voit que deux élèves blancs dans cette école de musique. Elle est réservée prioritairement aux enfants noirs ?

Absolument pas. D’autant moins que le label Stax a eu la particularité d’être le premier avec des groupes réunissant des musiciens blancs et noirs ! Ca fait partie de son héritage et c’est la raison pour laquelle l’école est ouverte à tout le monde. Mais en effet il n’y a que deux élèves blancs, deux frères jumeaux. J’ai donc cherché à savoir pourquoi et leur mère comme le staff de l’école m’ont expliqué qu’il est tout simplement extrêmement mal vu pour des familles blanches de mettre leurs enfants dans des écoles fréquentées par des Noirs. Donc en faisant cela, cette mère fait un geste de résistance et un cadeau immense à ses enfants en termes de savoir.

Quand sait- on qu’on a fini de tourner ?

On ne sait pas trop poser la question pour des questions financières. On ne pouvait pas se payer cinquante voyages. Et surtout, arrivait la fin de l’année scolaire donc je n’aurais plus retrouvé la même génération si j’avais continué. Je savais surtout que j’avais la scène de fin collective, l’aboutissement narratif de ce que cette école peut offrir. C’est une chance et un atout énormes. Ca rassure. Mais la question qui se pose surtout c’est : quand sait- on qu’on a terminé le montage ?

Et quelle est la réponse ?

C’est dur car c’était mon premier film mais aussi le premier long métrage documentaire de mon monteur Maxime Mathis. Parce qu’on se sent une responsabilité face à ces enfants. Il y a eu 18 versions de montage. Mais ce temps long a été indispensable pour un documentaire dont la trame n’était pas écrite.


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