Exclu – Pourquoi Albert Dupontel aime tant les acteurs belges
Première/Gaumont

Virginie Efira est géniale dans Adieu les cons. Bouli Lanners aussi, même s'il n'a qu'une scène.

"J’ai le goût des bons acteurs", justifie Albert Dupontel, quand on lui parle du "casting belge" de son nouveau film, Adieu les cons. En plus d’offrir un rôle bouleversant à Virginie Efira, il ouvre cette nouvelle réalisation par un échange surréaliste entre cette  héroïne et son médecin, joué par un Bouli Lanners lunaire, qui fait tout pour ne pas répondre à ses questions. En couverture du nouveau numéro de Première pour présenter cette œuvre originale, drôle, sociale et émouvante, le comédien, scénariste et réalisateur est revenu en détail sur sa façon de concevoir son cinéma. Voici un extrait de son long entretien à retrouver dans le numéro 511 (octobre 2020).

Au sommaire de Première n°511 : Albert Dupontel, Charlie Kaufman, David Cronenberg, Evan Rachel Wood, Benjamin Biolay…

C’est quoi ce goût pour les acteurs belges ? 
J’ai le goût des bons acteurs ! Et il y en a plein de belges, ce n’est pas de ma faute… Bouli [Lanners] est avec moi depuis très longtemps, il était dans Enfermés dehors, dans 9 mois ferme... Virginie, je ne savais même pas d’où elle venait, je l’ai découvert sur le tard. Mais bon, les Belges sont sans doute ceux qui représentent le plus et le mieux la francophonie en ce moment.

Ce qui n’est pas rien, vu les films que vous faites…
Exact. Bouli, c’est un acteur vraiment formidable. J’ai tenté deux fois la scène d’ouverture avec un autre, mais ça ne fonctionnait pas. Je l’ai appelé en urgence et j’ai réécrit fébrilement pour lui. Je lui ai donné le texte un lundi. Le mercredi, il étincelait avec ce dialogue à la bouche.

Vous venez pour la première fois d’enchaîner trois films sans faire de pause pour jouer chez d’autres metteurs en scène… 
Je n’ai plus le temps. J’ose à peine le dire, mais j’ai 56 ans. Si passé un certain âge, on ne se donne pas le temps de la contemplation, on ne le retrouvera plus… Après, parfois je regrette, parce que j’ai beaucoup de plaisir à me défouler chez les autres.

L’autre côté de la médaille : vous n’avez jamais réalisé un film sans jouer dedans.
Eh non. Mon rôle dans Au revoir là-haut devait au départ être tenu par Bouli. Quand il a dû renoncer, j’ai cherché désespérément quelqu’un avant de me résoudre à m’y coller. Mais ça finira par se faire, peut-être sur le prochain. Le grand désavantage de cumuler les deux, c’est la fatigue. Mais l’avantage – énorme – c’est la complicité avec les acteurs. J’obtiens beaucoup plus en partageant avec eux peine, souffrance, fous rires, transpiration, erreurs de texte, bafouillages, plutôt que de rester à distance impériale sur mon combo. Au milieu d’eux, tu les écoutes mieux. Bien sûr, ils pouvaient parfois m’entraîner dans une spirale, Virginie avec son émotion, qu’il fallait recevoir, Nicolas avec sa fantaisie, pas toujours évidente à suivre. À la fin de la journée, j’étais souvent vidé, alors que techniquement, ce n’est pas si difficile à gérer que ça.

Virginie Efira est de plus en plus à fleur de peau. Tout au long du film, on dirait qu’elle va déborder.
Oui, elle m’a cueilli plusieurs fois, notamment sur la scène de fin. J’ai tourné deux versions, et c’est ce qu’elle livrait qui a fait pencher la balance, comme une évidence. Parfois vous avez votre idée, mais encore faut-il l’incarner. Maintenant, pourquoi elle arrive à ces stades-là… je n’en sais rien. Lâchement, je ne me suis pas renseigné, hé hé. Il ne s’agit pas de transformer ton plateau en séance de psychothérapie. Tu restes discret et tu profites…

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L'histoire d'Adieu les cons : Lorsque Suze Trappet apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l'enfant qu’elle a été forcée d'abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB, quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin, archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable.

Bande-annonce :