Justin Lin Vin Diesel Fast and Furious 9
Universal Pictures

Réalisateur de Tokyo Drift et Fast & Furious 4, 5 et 6, Justin Lin revient au volant de la saga avec Fast & Furious 9. Un nouveau volet censé lancer le chapitre final de la franchise, qui s’arrêtera au onzième film. Rencontre pour la sortie du film après sa projection en avant-première au Festival de Cannes, au Cinéma de la plage.

Comment expliquez-vous que Fast & Furious soit passé d’un premier film à budget relativement modeste sur le tuning et les courses de rue, à une franchise blockbuster de cette ampleur ?
C’est intéressant. Je crois qu’une partie de cette évolution est intentionnelle, et l’autre… Quand je regarde dans le rétro, je me dis que ça faisait déjà partie de nos aspirations quand j’ai rencontré Vin pour la première fois et qu’on a évoqué la franchise. C’était il y a quinze ans et on ne savait même pas s’il y allait y avoir un autre film. Quand on a eu la chance de pouvoir développer un autre chapitre, on s’est dit qu’il ne fallait surtout pas refaire la même chose encore et encore. Ça a l’air simple, hein ? Mais quand on travaille sur une grosse franchise hollywoodienne et qu’on a du succès, on vous met beaucoup de pression pour que vous dupliquiez à l’infini. On ne voulait surtout pas que les personnages restent statiques. Il fallait montrer leur évolution, leur maturité. Résultat, on en est au numéro 9, et deux de nos personnages principaux ont un gamin de trois ans qui fait partie de leur famille. Tout ça était un effort très conscient dès le départ. Michelle Rodriguez dit souvent que ces personnages sont des laissés-pour-compte. Des gens très faciles à cataloguer. Donc l’objectif était d’aller à l’encontre de cette étiquette qu’on leur colle, et de les laisser grandir. C’est ça, la philosophie et l’esprit de la franchise. Et sûrement une des recettes de son succès auprès du public.

Cannes 2021 : Fast & Furious 9, retour en tôle [critique]

La saga est guidée par le thème de la famille. Ça veut dire qu’un film Fast & Furious est toujours imaginé à travers ce prisme ? Ou c’est une sorte de surcouche que vous venez rajouter ?
Disons que chaque film est différent. Celui-ci l’est encore plus pour moi car j’ai été éloigné de la franchise pendant un bon moment, je croyais même que j’en avais fini pour toujours. Et puis il y a eu cette idée de raconter la famille à travers les liens du sang, ce qu’on n’avait jamais fait auparavant.

Et c’est d’ailleurs très étrange, non ?
(Rires.) Oui, effectivement ! Mais donc pour Fast & Furious 9, j’avais l’impression que ça valait le coup de revenir et d’essayer quelque chose de nouveau, de voir si ça pouvait fonctionner.

Quand vous faites Fast & Furious 5, la saga change totalement et devient un hybride entre film de casse et film d’action. C’était très réfléchi ou bien est-ce arrivé par hasard ?
Je dirais que c’était une évolution de ce qu’on faisait avant, mais vous remettez le doigt sur cette idée « d’étiquette » dont je vous parlais. On s’est dit : « Bon, on en est arrivés là on ne sait trop comment, pourquoi on n’essaierait pas autre chose, histoire d’évoluer un peu ? » Ce sont les personnages qui dirigent la franchise, mais pourquoi ces films ne pourraient pas s’essayer à différents genres ?

 

L’action est également l’un des moteurs de la saga, et là aussi les choses ont beaucoup changé au fil des films. Qu’est-ce qu’une scène d’action Fast & Furious ? Comment trouve-t-on cet équilibre entre « semi-plausible » et complètement over the top ?
Quand je suis parti de la franchise, cet aspect a continué à grandir, à prendre de la place. Et je me suis dit qu’il fallait que je l’accepte, que je me l’approprie. Tant que ce n’est pas fait juste pour épater le public… En tout cas ce n’est pas quelque chose de mathématique pour moi, j’essaie juste de faire évoluer nos personnages à travers l’action. Sur Fast & Furious 9, on est allés loin, mais j’espère qu’en voyant le film, les gens se rendront compte que ce n’est pas gratuit.

Le personnage de Jakob, incarné par John Cena, réécrit une partie de la mythologie Fast & Furious. C’était une source d’inquiétude ?
Évidemment que ça m’a fait peur ! Mais c’était un beau challenge d’intégrer ce personnage qui est censé avoir toujours été là, et de lui trouver une place logique dans la mythologie. Et puis on a déjà un peu eu ce genre d’expérience sur la franchise avec Tokyo Drift, qui n’est pas chronologiquement au bon endroit. Et si on a beaucoup discuté de la mythologie de Fast & Furious avec Vin et les autres - dont Paul Walker -, on ne l’a jamais vraiment définie exactement. Donc après vingt ans, on avait la possibilité de changer des choses et faire une sorte de reset. C’était le bon moment.

En réalisant Fast & Furious 9, vous pensiez en même temps aux deux derniers films ? Vous aviez déjà l’histoire globale en tête ?
C’est marrant, parce que quand on se voyait avec Vin Diesel pour parler du chapitre final, je ne croyais pas vraiment qu’on allait aller jusque-là. Je me disais que c’était juste une conversation, un pur exercice mental. Mais quand j’ai appelé Vin pour causer de Fast 9, il m’a dit : « Essayons de ne pas penser qu’à celui-ci, on l’a déjà assez fait par le passé. Imaginons plutôt un chapitre entier. » Donc pour vous répondre : oui, nous avions les deux autres en tête. C’était d’ailleurs rafraîchissant comme approche, de me dire que Fast & Furious 9 allait nous permettre de placer nos personnages dans la direction du chapitre final de la saga, qu’on évoque entre nous depuis dix ans.

Vous avez déjà en tête le dernier plan du dernier film Fast & Furious ?
Hum… J’ai en tête l’image finale de la saga, et c’est mon étoile du Berger, ce qui me guide. J’ai encore beaucoup de boulot, évidemment, mais j’ai le concept à l’esprit. Je sais où on doit aller, ce qu’on veut accomplir. Donc oui, j’ai une vision très précise de la façon dont tout ça va finir.

Fast & Furious 9, le 14 juillet au cinéma.