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En ces temps de baccalauréat, de brevet et autres examens, avant de partir vous éclater à la plage comme dans Piranhas 3D d'Alexandre Aja, il vous reste une dernière épreuve à passer. Sujet : Le Dernier Maître de l'Air est-il vraiment un film de Shyamalan ? Après son premier film Praying with Anger, M. Night Shyamalan était passé sous les fourches caudines des frères Weinstein, producteurs déments qui tyrannisaient leurs cinéastes. Wide Awake, un mélo avec Rosie O'Donnell, avait failli ne jamais sortir en salles. Shyamalan (nom de code ici : MNS) fut alors puni par Harvey Weinstein et dut retravailler le teen movie Elle est trop bien, avant de co-écrire le scénario de Stuart Little. Le carton interplanétaire de Sixième Sens lui sauva la vie, et MNS fut précipité au firmament. Depuis son "I see dead people", chacun de ses films est comparé, à tort et à raison, à Sixième Sens : on attend à chaque fois un film fantastique avec une révélation finale de folie. Mais du coup, ironie du sort, depuis Signes on semble de moins en moins aimer ses films. Si Le Village a encore ses adeptes, La Jeune fille de l'eau marqua véritablement la rupture avec le public et ses fans de base. Le cinéaste y dévoilait sa mégalomanie, une féérie de supérette boursouflée d'autocitations gênantes et son obsession maladive pour une philosophie world... Phénomènes, son dernier film, a même été descendu avec une réjouissante unanimité. Le Dernier maître de l'air apparait alors comme sa dernière chance. Il faut admettre que l'annonce du choix de Shyamalan comme réalisateur de l'adaptation sur grand écran d'un dessin animé - Avatar - avait de quoi surprendre. MNS, qui s'est spécialisé dans le fantastique contemporain, aux manettes d'une grosse licence de fantasy épique avec de la magie et des combats ? Eh bien tout porte à croire que Le Dernier Maître de l'Air, qui sortira en salles le 28 juillet prochain, sera non seulement un excellent blockbuster estival, mais surtout un des tous meilleurs films de Shyamalan. Et on va vous convaincre que Le Dernier Maître de l'Air n'est pas un clone de La Boussole d'Or, mais bien un film en complète cohérence avec les grands thèmes de Shyamalan. Durée de l'épreuve : 3 heures, cinq grands thèmes, et les calculatrices sont interdites. 1. Les enfantsHypothèse : Pas de bon film de Shyamalan sans enfants. Point barre. Théorème : Le petit Cole (Haley Joel Osment) est le pivot de Sixième Sens. Dans Signes, les enfants détiennent la clef de la lutte contre les aliens. Dans Le Village, c'est la fille considérée comme incapable qui doit sauver la communauté. Dans Phénomènes, c'est une orpheline qui apprend à Mark Wahlberg et Zooey Deschanel le sens de la vie. Conclusion : Les héros du Dernier Maître de l'Air sont tous des enfants d'une dizaine d'années, qui doivent combattre à l'aide de leurs pouvoirs afin de sauver un monde menacé par la folie meurtrière des adultes. Ah, parmi les jeunes stars, il y a Dev Patel (Slumdog Millionaire), et Jackson Rathbone, le Jasper Hale de la saga Twilight. Et des futures têtes de stars comme Nicola Peltz ou Seychelle Gabriel, définitivement à suivre. 2. L'héroïsmeHypothèse : Tous les films de Shyamalan racontent l'odyssée d'un héros qui doit affronter une grande épreuve, dans la grande tradition du "voyage du héros" esquissé par le mythologue américain Joseph Campbell, qui se retrouve aussi bien dans Star Wars et Matrix que dans Mary à tout prix. Théorème : Dans Sixième Sens, Cole, le jeune garçon détenant le pouvoir de voir les esprits des défunts, doit affronter ses peurs. A la fin du film, il joue dans la pièce de théâtre de l'école où il doit retirer l'épée Excalibur de l'enclume. Dans Incassable, Shyamalan met en scène le "prologue" de la vie d'un super-héros. Dans Signes, Mel Gibson et Joaquin Phoenix, retirés du monde, affrontent les extra-terrestres avec leur seule force intérieure. Dans Le Village, Bryce Dallas Howard part en mission malgré sa cécité. Dans La Jeune fille de l'eau, tous les habitants d'un immeuble recèlent chacun un "pouvoir", aussi banal soit-il, qui leur permet de sauver une fée. Dans Phénomènes, Mark Wahlberg lutte contre le monde entier afin de protéger sa femme et une petite fille.Conclusion : Le Dernier Maître de l'Air met en scène une histoire archétypale : celle de Aang, un jeune garçon innocent, qui va devoir affronter les forces du mal et apprendre à maîtriser les pouvoirs des quatre éléments. Tout en redonnant espoir aux peuples opprimés. 3. La magieHypothèse : Les films de Shyamalan sont empreints de mysticisme new age, entre l'Orient et l'Occident. Mais le surnaturel n'est qu'un moyen, jamais une fin en soi. Théorème : Communincation avec les morts (Sixième Sens), super-héros manichéens (Incassable), invasion extra-terrestre (Signes), créatures lovecraftiennes rôdant aux abords d'une communauté (Le Village), jolie nana diaphane sortie des contes de fée (La Jeune fille de l'eau)... Tous les films de MNS doivent comporter du fantastique. Conclusion : Comme c'est étrange : Le Dernier Maître de l'Air, qui a des allures de manga shônen, avec son univers mélangeant le look, l'histoire et la magie de l'Inde, du Japon et de la Chine médiévales, fait tout péter : aux oubliettes fantômes geignards et toxines suicidaires, place aux boules de feu dans la figure et aux batailles rangées. 4. Le grand spectacleHypothèse : Shyamalan n'a qu'un seul modèle : Spielberg. Depuis Sixième Sens, on sent qu'il a le sens du grand film tous publics, visible de 7 à 77 ans.Théorème : Même si les films de MNS ont une ambiance intimiste, se déroulant autour d'un lieu unique (une ferme, une résidence, une communauté...) avec un nombre de personnages réduit, le cinéaste a traité de la naissance d'un super-héros dans une catastrophe ferroviaire sanglante, une invasion alien, la presque fin du monde par une épidémie de suicides. Alors, pour l'intimiste, vous repasserez. Les films de MNS sont à voir en cinémascope, même pour ses scènes de cuisine. Conclusion : Le Dernier Maître de l'Air s'adresse d'abord à un public d'enfants, certes. Mais il est plus d'un adulte qui s'est laissé prendre à l'univers d'Avatar, geek sans être bête, mais surtout à très grand spectacle. Des photos aux affiches en passant par les diverses bande-annonces, Le Dernier maître de l'air s'annonce comme une grosse claque épique comme on aimerait en voir chaque été. Et en 3D, si possible. 5. La révélation finaleHypothèse : un film de Shyamalan sans révélation finale de fou, ce n'est pas un film de Shyamalan.Théorème : le succès de Sixième Sens doit autant à ses qualités objectives (direction d'acteurs, mouvement de caméra, intelligence du rythme et de l'utilisation de l'angoisse) que pour sa révélation finale, qui laisse encore sur le derrière bien des spectateurs innocents. Depuis, on attend ses films pour ça : il semble alors s'autoparodier (La fin inénarrable de Signes, aussi résumée par la phrase "Dieu existe"...), à tel point qu'on s'en fiche un peu, maintenant. Night, fais-nous des bons films, à la place. Conclusion : Le Dernier Maître de l'Air n'aura pas de révélation finale. Et c'est tant mieux.Par Sylvestre Picard.